Il y a peu de temps, j’attendais la réponse des Archives de Fontainebleau concernant l’oncle de mon grand-père (mon arrière-grand-oncle donc) qui avait reçu la Légion d’Honneur. J’ai donc reçu son dossier de neuf pages cette semaine grâce auquel j’ai appris de très nombreuses choses sur sa vie.

Extrait du dossier de Légion d’Honneur de Pierre Louis Frémeau (source : Archives nationales : 19800035/832/94893 - c324144).
Naissance à Châteauneuf
Pierre Louis Frémeau naît le 21 septembre 1883 à Châteauneuf-sur-Cher, fils de Pierre Frémeau, boulanger, et de Virginie Monory.
Le 12 janvier 1910, il épouse Marie Louise Brunet. Ils ont ensemble un enfant : Pierre. Pour l’anecdote, ce Pierre Frémeau est le cousin germain de mon grand-père. Ils sont nés tous les deux la même année et portent le même nom et le même prénom.
La Grande Guerre
En 1914 éclate la Grande Guerre et Pierre Louis, comme tous les hommes français valides part sur le front. Il intègre le 18ème Régiment de Dragons (une unité de cavalerie) avec le grade de Brigadier.

Drapeau du 18ème régiment de Dragons (source : Sémhur licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons)
Voici une illustration qui montre les uniformes des dragons français pendant la Première Guerre Mondiale. L’uniforme de brigadier qui se trouve le plus à droite sur l’image (5) est celui que portait Pierre Louis Frémeau.

(source : “L’uniforme et les armes des soldats de la guerre 1914-1918” par Liliane et Fred Funcken)
Le 28 octobre 1918, un mois avant la fin de la guerre, il reçoit une balle dans le dos à Saint-Germainmont dans les Ardennes, qui provoque une “fracture des apophyses tranverses gauches des 7ème verticale et 1ère dorsale et des corps vertébraux des 1ère et 2ème dorsale”. Il s’en retrouve fortement handicapé : “paraplégie incomplète - station debout très difficile - amyotrophie - abolition de la fonction génitale - incontinence d’urine permanente”.
Médaille Militaire
Pauvre Louise Brunet qui vit seulement quatre ans avec son mari pour le retrouver quatre ans plus tard complètement handicapé !
Le 18 novembre 1918, il reçoit la Médaille Militaire, probablement suite à ses quatre ans passés au combat.

Médaille Militaire (source : Fdutil licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons)
Après la guerre, il devient téléphoniste au Parc d’Artillerie de Bourges, où il réside. Cet emploi ne nécessitant pas une station debout doit être l’un des rares qu’il est à même d’exercer.
Chevalier de la Légion d’Honneur
Le 18 juillet 1937, l’adjudant-chef Mandoux, commandant de la Brigade de Bourges adresse à Edouard Daladier, ministre de la guerre une notice de renseignements pour “Pierre Louis Freneau” (faute d’orthographe sur le nom) :
“Le mutilé Freneau Pierre Louis, né le 21 septembre 1883 à Châteauneuf s/. cher proposé pour la Légion d’Honneur [..] Sa tenue, sa conduite et sa moralité son bonnes. Il n’est pas titulaire de la Légion d’Honneur, mais rien ne paraît devoir s’opposer à ce qu’il recoive cette décoration.”
Il joint au dossier un casier judiciaire vierge et une notice de renseignements où figurent ses blessures de guerres et ses pensions versées par l’état. On y apprend qu’il est invalide à 100%.
Le 31 mars 1937 (quatre mois avant l’envoi du dossier ?), le général de division Richter, Officier de la Légion d’Honneur, décerne devant la Garnison de Bourges la Légion d’Honneur à Pierre Louis Frémeau, ancien brigadier au 18ème Régiment de Dragons au nom du Président de la République, Albert Lebrun.

Médaille de Chevalier de la Légion d’Honneur (source : Titimaster licence CC BY-SA via Wikimedia Commons).
Pierre Louis Frémeau décède le 6 juillet 1952 à Crézancy-en-Sancerre (Cher), après avoir vécu 34 ans de handicaps lourds. J’ai donc enfin obtenu la raison pour laquelle il a obtenu la Légion d’Honneur : il a combattu et a été mutilé pour la France pendant la Grande Guerre.
-
mesracinesfamiliales aime ce billet
-
lenuagedeparis a publié ce billet