Je ne suis pas issu d’une famille de militaires. Pourtant, du côté de mes ancêtres maternels, on retrouve les traces de quelques hommes ayant combattu aux différentes guerres qui ont éclaté en France avant notre époque.
Il y a d’abord mon arrière-grand-oncle, Pierre Louis Frémeau, gendarme, élevé au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur, probablement pour avoir été grand mutilé de guerre après la Première Guerre Mondiale (il faudra que j’aille consulter son dossier de légion d’honneur à l’occasion).

Ou un autre arrière-grand-oncle, Charles (dit Louis) Debanne, adjudant au 90ème régiment d’infanterie, mort pour la France en 1915 à Loos dans le Nord.

Drapeau du 90ème régiment d’infanterie.
Rares sont les occasions d’avoir des traces d’ancêtres ayant participé à des guerres autres que la Première ou la Seconde Guerre Mondiale. J’ai quelques ancêtres sergents au XVIIIème siècle, mais ce mot signifiait alors celui qui fait appliquer la justice du roi ou du seigneur, et non un officier militaire.
Du côté des véritables militaires, j’ai un ancêtre, Jean Prigat, qui était cavalier de la maréchaussée du Berry à Châteauneuf-sur-Cher au XVIIIème siècle, avant de devenir huissier royal.

Uniforme de cavalier de la maréchaussée.
Mais la personne dont je vais vous parler maintenant est Julien le Bourcier. Les le Bourcier sont une famille particulière dans ma généalogie. Ce sont les ancêtres maternels d’une de mes arrière-grand-mère qui ont la particularité d’avoir deux filles-mères à la suite.

Ascendance le Bourcier.
Généralement, dans cette famille, les hommes s’appellent le Bourcier et les femmes Bourcier. Marie Magdeleine est donc la première fille-mère de cette famille. Elle donna naissance à Modeste Anne Magdeleine, qui fut à son tour fille-mère et donna naissance à Victorine Ernestine.
Notre Julien le Bourcier est le demi-frère de Marie Magdeleine, du précédent mariage de son père Julien avec Anne Haudoin. L’an XIII est décidé le tirage au sort des hommes qui partiraient pour la Grande Armée de Napoléon. La seule possibilité de ne pas partir était d’échanger sa place contre un autre homme qu’on payait pour partir. Les le Bourcier sont une dynastie de tisserands sarthois, sans doute pas assez riches pour exempter leur fils aîné de faire son service militaire.
Là où j’ai une chance immense, c’est que Julien est né en 1783 et que grâce à sa participation aux guerres napoléonienne, j’ai des renseignements aussi précieux que rares pour cette époque, grâce à son matricule militaire.

Matricule militaire de Julien le Bourcier.
Bien sûr, comme toujours à l’époque, il y a une grossière faute d’orthographe sur son nom, mais le lieu et le jour de naissance ainsi que les parents coïncident parfaitement. J’apprends donc que mon arrière-(et-quelques)-grand-oncle mesure 1 m 60, à le visage ovale, le front haut, les yeux gris, le nez moyen, la bouche grande, le menton rond et les cheveux et sourcils châtains. Il est recruté le 20 thermidor an XIII (en 1805) et intégré au 4ème bataillon 8ème compagnie, puis au 2ème bataillon 3ème compagnie. Il sera fusilier au 11ème bataillon d’infanterie de ligne.

Drapeau du bataillon de Julien le Bourcier (source : Vexillologie militaire européenne par Arnaud Bunel).

Uniforme de fusilier napoléonien.
Voilà notre tisserand de Marigné-Laillé embarqué dans la Campagne d’Autriche, et probablement celle de Prusse et de Pologne qui suivra. Pour des gens qui ne voyageaient jamais, ce devait être impressionnant de partir combattre aux côtés de l’Empereur et de découvrir des pays si éloignés. Son matricule militaire ne fait état ni de hauts faits, ni de blessures. Ce qui est tout de même admirable, c’est que Julien le Bourcier a réussi à survivre à toutes ces campagnes et qu’il participa à la fameuse bataille d’Austerlitz.

“La Bataille d’Austerlitz” par François Gérard.
Il rentrera donc vivant de ces campagnes et retournera s’installer à Marigné-Laillé où il épouse en 1819 Anne Péan, sage-femme qui donnera naissance à mon ancêtre Modeste Anne Magdeleine Boursier. Quant à Julien, il décède le 11 janvier 1866 à l’âge de 82 ans. En tant que vétéran des campagnes napoléoniennes, il aura droit à la première médaille commémorative française, la Médaille de Sainte-Hélène.

Médaille de Sainte-Hélène.
Pour recevoir cette médaille, il fallait avoir combattu dans les guerres de Napoléon entre 1792 et 1815 et être encore vivant en 1857. 405 000 soldats l’ont reçue. Vous pouvez retrouver tous les membres de ma familles ayant reçu des décorations sur cette page.